TÉMOIGNAGES

Témoignage de Céline G.

20 janvier 2026

Bonjour,
Moi, c’est Céline. J’ai 31 ans. Je suis la femme de David et la maman d’Esmée et Liv. On m’a diagnostiqué un cancer du pancréas le 29 avril 2025. C’est vrai, dit comme ça, c’est un cauchemar. Au début, j’ai cherché des témoignages, comme s’il me fallait absolument un exemple à suivre, quelqu’un qui pourrait me donner un peu d’espoir. Quelqu’un qui aurait réussi à se sortir de tout ça. Qui aurait survécu à cette maladie et vécu une longue vie. J’ai compris que la personne que je cherchais à rencontrer, c’était moi. J’ai été opérée d’une DPC et j’ai enchaîné avec une chimiothérapie de 6 mois, que je viens tout juste de terminer.

Peu importe le nom de ma tumeur, le stade de mon cancer, combien j’ai souffert ou le type d’effets secondaires que j’ai pu avoir. Chacun avance à sa manière, avec ses propres ressources, sa propre tolérance aux traitements. Chaque parcours est unique.

Bonjour, Moi, c’est Céline. J’ai 31 ans. Je suis la femme de David et la maman d’Esmée et Liv. On m’a diagnostiqué un cancer du pancréas le 29 avril 2025. C’est vrai, dit comme ça, c’est un cauchemar. Au début, j’ai cherché des témoignages, comme s’il me fallait absolument un exemple à suivre, quelqu’un qui pourrait me donner un peu d’espoir. Quelqu’un qui aurait réussi à se sortir de tout ça. Qui aurait survécu à cette maladie et vécu une longue vie. J’ai compris que la personne que je cherchais à rencontrer, c’était moi. J’ai été opérée d’une DPC et j’ai enchaîné avec une chimiothérapie de 6 mois, que je viens tout juste de terminer. Peu importe le nom de ma tumeur, le stade de mon cancer, combien j’ai souffert ou le type d’effets secondaires que j’ai pu avoir. Chacun avance à sa manière, avec ses propres ressources, sa propre tolérance aux traitements. Chaque parcours est unique.

Ces derniers mois m’ont fait beaucoup réfléchir. Surtout sur la maladie, car j’ai l’impression d’être à contre-courant. Notamment sur toutes les « injonctions » liées au cancer. Je ne sais pas pourquoi, dans l’esprit des gens, je suis devenue presque automatiquement une guerrière, une battante. Mais moi, j’adore la paix. Même au cancer, je ne lui en veux pas. Je n’ai ressenti aucune colère ni aucun sentiment d’injustice. Je le vois comme une étape de ma vie, avec laquelle j’avance, plus ou moins sereinement en fonction des jours. De plus, si je devais prendre ça comme un combat, cela voudrait dire que je puisse perdre. Moi, je ne perds pas. Ou alors, on a tous perdu d’avance puisqu’on va tous mourir. Pourquoi les gens qui décèdent de cette maladie devraient partir sur un échec ? J’ai aussi eu beaucoup de messages me disant à quel point j’étais courageuse ou forte. Ce n’est pas du courage, c’est de la responsabilité, envers mon mari et mes filles principalement, mais aussi envers tous les gens qui ont un brin d’amour pour moi.

L’enjeu est tellement grand qu’il me dépasse ! Et la force, c’est quoi ? Est-ce la personne qui a fait une séance de chimiothérapie mais qui a donné tout son possible, ou bien est-ce la personne qui a fait ses 12 séances sans effets secondaires ? Je pense aussi aux gens qui ont choisi de ne pas suivre les traitements proposés, car c’est une autre forme de courage que de choisir un autre chemin. Il est facile de juger, d’autant plus lorsque l’on n’est pas passé par là. Il y a aussi l’idée de la positivité, comme si je n’allais pas m’en sortir si je n’étais pas positive. Alors ça, pour moi, c’est la plus grosse bêtise du cancer. C’est comme si je devais nager parmi les crocodiles et qu’on me disait : « Surtout Cé, n’oublie pas de sourire ! ». Ça n’a absolument aucun sens. Je suis convaincue de pouvoir m’en sortir même en pleurant ou en râlant ! Je suis tombée sur une interview d’une ancienne patiente, qui disait : « Finalement, mon cancer, je n’en retiens pas grand-chose de négatif. » Quelle culpabilité j’ai ressentie quand j’ai entendu ça ! Personnellement, je trouve qu’il y a absolument tout de négatif au cancer.

En revanche, je fais bien la distinction entre la positivité et l’espérance. J’ai lu une phrase dans un livre du pape François, qui disait : « Contrairement à la positivité, l’espérance ne balaye pas les aspects négatifs de la vie. » C’est mot pour mot ce que je ressens au plus profond de moi. La positivité m’enferme dans ma souffrance, elle ne respecte pas ma réalité. L’espérance, elle, m’aide à accepter mon sort. Elle me montre qu’il y a autre chose de plus fort que le cancer. Et puis, pourquoi vouloir transformer des émotions comme la tristesse, la peine ou la peur, qui sont légitimes dans ma situation ? Pour prouver quoi ? À qui ? Pourquoi aller à l’encontre de ce que je ressens ? Ça, c’est un coup à faire disjoncter son cerveau. Et en vérité, faire cela me prendrait trop d’énergie. J’ai bien conscience que la situation est dramatique, mais cela ne va pas m’empêcher d’aller de l’avant pour autant. Le reconnaître, ce n’est pas une finalité, parce que malgré tout je déborde d’espérance. Donc moi, je ne vais pas faire semblant, et je ne me voilerai pas la face. D’abord, je ne sais même pas faire, et mes proches le savent. Il n’y a qu’à voir lorsque je n’ai pas bien dormi et pas mangé : alors malade… tenez-vous prêts. J’ai bien l’impression que la positivité est surtout rassurante pour l’entourage. Le tout est de ne pas se laisser posséder par ces émotions, qui sont vraiment désagréables. Cela ne doit pas devenir omniprésent ou même pathologique.

Quand j’ai été diagnostiquée, évidemment j’ai pensé à la mort. Ce qui m’a effrayée, ce n’est pas tellement le fait de partir, mais plutôt l’impact que pourrait avoir ma mort sur mon entourage. Et puis j’ai pensé « mais pour qui je me prends? » Je n’ai pas à sous-estimer mes proches, à les condamner par mon deuil. Même si c’est vrai qu’une vie sans moi ça serait carrément moins sympa. J’aimerais tellement avoir des garanties sur ma vie, mais même les gens en bonne santé n’en ont pas. En prendre conscience, c’est brutal ! C’est une opportunité de tout remettre à sa place. C’est en ça que je me sens complètement déconnectée des autres. J’ai envie de secouer tout le monde, que tout le monde sache ce qui est important. Quand j’allume les infos, je me demande s’ils sont tous fous. J’ai vraiment l’impression que la vie a pris un autre tournant. Tout devient important et en même temps rien n’est important.

Aujourd’hui, j’ai fini le gros des traitements. Je regarde en arrière et je me demande bien comment j’ai fait tout ce chemin. En réalité, je sais bien ce qui m’a permis d’en arriver là. La puissance de mon entourage. Moi, je ne suis pas grand-chose sans mes proches. Ils ont eu un rôle déterminant. J’ai même l’impression qu’on est malade ensemble. Heureusement, nous avons une grande famille, ça nous a largement facilité la tâche. Ma mère a été très présente. David a absolument tout géré. Je n’ai eu qu’à me concentrer sur mes soins. Je n’avais pas besoin du cancer pour me révéler qu’ils étaient incroyable, je le savais déjà. Il faut pouvoir se décharger au maximum, même si ce n’est pas toujours évident. Surtout lorsqu’on est maman. Chaque chose en son temps, et le temps avec les filles viendra. À cet instant, l’essentiel c’est que je fasse tout mon possible pour rester avec elles. Qu’elles voient à quel point je veux vivre pour elles. Pour les proches, c’est franchement pas évident. D’après moi, c’est même la pire place. Chacun participe comme il peut.

Voilà autre chose que j’ai compris : la différence entre pouvoir et vouloir. Certains sont plus à l’aise que d’autres face à la mort ou à la maladie. Et en tant que malade, nous devons respecter ça. Ce n’est pas forcément contre nous que certaines personnes prennent un peu de distance, ils le font pour se protéger eux. Le cancer ne nous donne pas le droit d’exiger quoi que ce soit de quelqu’un qui n’est pas en capacité de nous le donner. C’est pourquoi je prends chaque message, chaque attention, même les plus maladroites, avec amour, car il ne s’agit que de cela. J’ai une amie qui m’a même fait une « boîte à sourire » : dedans, il y a des dizaines de mots de gens qui me sont chers, et des photos de bons moments passés. Chaque fois que j’en ressens le besoin, je pioche dedans. Mon truc à moi, c’est la foi, donc j’ai des cousines qui m’ont offert des livres, dont celui du pape François et un autre de prières. Totalement adapté, car niveau prières en ce moment, je ne sais même pas par où commencer. Une de mes cousines m’a aussi offert un chapelet, que j’ai emmené à toutes mes chimiothérapies. Comme ça, j’ai l’impression qu’elle est toujours avec moi, et le réciter me permet de m’évader de là. Un peu comme la méditation ou la sophrologie.

Ce que j’apprécie le plus, et qui n’est pas facile à faire, j’imagine, c’est ceux qui arrivent à me traiter de la même manière qu’avant, en tant que « Céline », et pas juste en tant que « cancéreuse ». Bien sûr, je suis la « Cé malade » maintenant, et c’est à prendre en compte, mais cela fait du bien de garder son identité. Savoir que les proches n’oublient pas qui je suis. J’ai cette amie hors du commun à qui j’ai envoyé un message une fois pour lui dire : « J’ai peur de vomir. » Honnêtement, je ne sais même plus sa réponse, mais j’ai littéralement pu entendre sa voix dans ma tête me disant : « Tu vas pas commencer… » (Elle, elle sait qui je suis quand je n’ai pas mangé et pas dormi). Ça m’a fait un bien fou ! Et elle a enchaîné avec une liste de choses que j’ai accomplies durant toute ma vie, des choses qui me semblaient insignifiantes, mais qui, mises bout en bout, écrasent le cancer. Le cancer s’est alors fait tout petit. J’ai un autre ami aussi, qui lui est très factuel. Il ne me dit jamais ce que je veux entendre et reste toujours proche de la réalité. Cela m’aide à y voir clair, à ne pas m’embourber dans mon imaginaire. Et puis il y a tous ceux aussi qui ne savent pas trop quoi dire, mais prennent régulièrement des nouvelles, viennent me voir, et c’est suffisant.

L’amour que j’ai pour mes proches ne dépend pas du nombre de messages qu’ils m’envoient ou du nombre d’actions qu’ils me portent. Il est sans condition. Je crois que ce qui m’aide le plus, c’est ma foi. J’ai l’impression de m’être tellement fortifiée en Dieu que rien ne peut atteindre ma lumière. Elle et ma paix sont intactes. Malgré les circonstances, et peu importe les circonstances, parce que mon for intérieur est serein. D’ailleurs, après l’opération et avant de sortir, le médecin m’a dit : « Vous savez que les miracles existent. » Oh oui, je le sais ! J’ai vu ma belle-soeur et mon beau-frère avoir des triplées, de manière naturelle. J’ai vu ma belle-soeur les porter, les mettre au monde, en bonne santé. Je suis témoin de ça et persuadée que c’est l’oeuvre de Dieu. Souvent, quand je suis au plus bas, je repense à ce jour où j’ai rencontré mes nièces. Je n’ai jamais vu des humains aussi petits. Si petites, et pourtant si fortes de vie. Ma nana, elle avait même eu le respirateur quelques jours. Et maintenant, faut voir comment elle danse sur la musique de « Tata Cé ». Si elles ont réussi à traverser tout cela, il n’y a absolument aucune raison que je n’y arrive pas, moi aussi. Elles sont la raison même du pourquoi je n’accorde plus aucun intérêt aux statistiques et aux probabilités.

Nous avons tous des exemples auxquels nous rattacher. Donc vous l’aurez compris, psychologiquement, c’est un tremblement de terre à gérer et pas uniquement pour moi. Il y a toute la partie physique aussi à surmonter. J’ai énormément changé en un peu plus de 8 mois. Ce n’est pas simple à accepter non plus. En vérité, nous ne sommes jamais content. Avant l’annonce du cancer, je cherchais à perdre mes 20 kilos de grossesse, et maintenant je cherche à reprendre au moins 5 kilos ! C’est sans fin, cette histoire… J’ai pris la décision de raser mes cheveux et, finalement, ce n’est pas si mal ! Beaucoup avaient peur. Moi, j’avoue, j’étais curieuse de me découvrir sans cheveux. Et puis, au pire, les cheveux ça s’achète, même les sourcils ça s’achète. Je me préfère quand même sans perruque. J’ai des cicatrices aussi, que j’accepte pas trop mal, car elles me rappellent ce que j’ai accompli. Franchement, même comme ça, il y a moyen d’être belle : en rachetant des vêtements à sa taille, en se maquillant un peu, et surtout avec une dose de bonne humeur. Hop, ni vu ni connu. Et j’adore ça, honnêtement, personne ne peut deviner que je suis malade si je fais l’effort ! (Bon peut-être pas au troisième jour de la chimio) Comme quoi, il ne faut jamais juger quelqu’un à son apparence.

Je ne vais pas mentir, ce sont probablement les mois les plus difficiles de ma vie. Si vous ou vos proches passez par là, tenez bon, car il y a une issue. Quoi qu’il advienne, la situation est temporaire : accrochez-vous à ça. Il y aura des jours meilleurs. Demandez de l’aide : à Dieu, à vos proches ou aux soignants. Ne vous laissez pas décourager. Trouvez la ressource ! Souvent, on a tendance à croire que le bonheur vient des circonstances extérieures. Trouvez-le à l’intérieur. Pourquoi je devrais attendre la rémission pour « aller bien » ? C’est comme penser qu’on serait plus heureux avec une plus grande maison, une plus belle voiture, un autre travail, sans le cancer, etc. C’est un truc d’humain de n’être jamais satisfait. Moi, je suis même reconnaissante que cela tombe sur moi, et pas sur mon mari, une de mes filles, ma mère, ma jumelle, mes belles-soeurs, mes ami(e)s…

Et puis je ne vous apprends rien en vous disant que le monde ne va pas s’arrêter de tourner parce qu’on a un cancer du pancréas. Demain, le soleil va se lever. Le chocolat sera toujours bon avec un café. Les montagnes du village de ma belle famille toujours impressionnantes par leurs immensités. Toutes ces choses qui ne changent pas, qui sont peut être cliché mais surtout réconfortante. A priori je viens de gagner de nombreuses années. Maintenant, je n’ai plus peur de mourir, j’ai peur de mal vivre. Alors c’est parti pour briller!

Ps: Pour l’hospitalisation, pensez à prendre un coussin d’allaitement et un masque de nuit. Et pour les nausées de la chimio, un citron, de la lavande, des grains de café. Les proches, évitez les parfums et odeur de produits comme le gel hydroalcoolique.